Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
9 h 7,90 € 2/5 2/5 2015

LE PITCH

« D’après une histoire vraie » retrace l’histoire, vraie ou pas, de Delphine et de L.. Elles se rencontrent dans une soirée, Delphine vient de terminer l’écriture de son dernier roman, elle a le temps et la place pour laisser entrer L. dans sa vie. Mais, L., elle veut quoi ? Amie attentionnée, vite intime, qui se livre en laissant planer une zone d’ombre. Cette amie vampire qui entre dans sa vie et qui va tout pomper jusqu’à la capacité même d’écrire de Delphine qui doit finalement l’avoir retrouvée puisqu’elle écrit elle-même cette histoire. Tu me suis ?

SI TU VEUX MON AVIS…

Un roman qui ressemble à une autobiographie qui se déguiserait discrètement en thriller psychologique. Delphine de Vigan sait avec une précision de dentellière t’embarquer dans les méandres de son cerveau. Tu piges tout ce qu’il y a dans sa tête, tout le cheminement de l’emprise psychologique de cette femme sur elle. Elle livre un récit impudique et criant de vérité. Mais est-il vrai d’ailleurs ce récit ? Parce que c’est quand même une des grandes interrogations de ce roman : quelle est la part de l’autobiographie dans cette histoire ? Tu n’as pas fini de te poser la question.

Bon, il n’y a pas à tortiller, elle écrit bien, la Delphine. C’est clair, c’est élégant, c’est intelligent, c’est brillant même (oui, allons-y carrément), mais il faut reconnaître aussi que c’est chiant. Pas super super chiant, mais un tantinet ennuyeux quand même. Une fois que t’as fini de t’extasier sur la belle écriture (t’es encore plus ébahie d’ailleurs parce que le bouquin d’avant était un Musso et que tu as failli saigner des yeux), bref, l’extase n’ayant qu’un temps, ben, au bout d’un petit moment, tu te rends compte qu’il ne se passe quand même pas grand chose. L. a bien ferré sa proie, elle l’asphyxie à petit feu et toi, tu finis par avoir envie qu’elle sorte une hache et qu’elle décapite toute sa famille tellement il ne se passe rien. Je suis injuste parce que le début est vachement bien, la fin est complètement haletante, il n’y a que le ventre mou qui l’est vraiment, mou.

Alors je ne sais que te conseiller, public en délire. Oui, il faudrait lire ce livre parce que c’est un bon bouquin qui malgré l’ennui laisse longtemps des traces dans tes rêves plus ou moins névrotiques. Oui, il faudrait le lire parce que tu es peut-être plus patient que moi et que, du coup tu t’ennuieras peut-être moins. Oui, il faudrait aussi le lire parce que je ne trouve pas d’argument valable pour ne pas le faire. Alors, ben, lis-le.

QUELQUES MESURES…

« Je voudrais raconter comment L. est entrée dans ma vie, dans quelles circonstances, je voudrais décrire avec précision le contexte qui a permis à L. de pénétrer dans ma sphère privée et, avec patience, d’en prendre possession. Ce n’est pas si simple. Et au moment où j’écris cette phrase, comment L. est entrée dans ma vie, je mesure ce que l’expression revêt de pompeux, un rien survendu, la manière dont elle souligne une dramaturgie qui n’existe pas encore, cette volonté d’annoncer le tournant ou le rebondissement. Oui L. est entrée dans ma vie et l’a bouleversée en profondeur, lentement, sûrement, insidieusement. L. est entrée dans ma vie comme sur un plateau de théâtre, au beau milieu de la représentation, comme si un metteur en scène avait veillé à ce qu’autour tout s’estompe pour lui faire place, comme si l’entrée de L. avait été apprêtée pour en signifier l’importance, afin qu’à ce moment précis le spectateur, et les autres personnages présents sur scène (moi, en l’occurrence) ne regardent qu’elle, afin que tout, autour de nous, s’immobilise, et que sa voix porte jusqu’au fond de la salle, bref pour qu’elle fasse son petit effet.
Mais je vais trop vite.
J’ai rencontré L. à la fin du mois de mars. À la rentrée suivante, L. évoluait dans ma vie telle une amie de longue date, en terrain connu. À la rentrée suivante, nous avions déjà nos private jokes, une langue commune faite de sous-entendus et de double sens, des regards qui suffisaient à nous comprendre. Notre complicité se nourrissait de confidences partagées, mais aussi de non-dits et de commentaires silencieux. Avec le recul, et au vu de la violence qu’a revêtue plus tard notre relation, je pourrais être tentée de dire que L. est entrée dans ma vie par effraction, avec pour seul objectif l’annexion de mon territoire, mais ce serait faux.
L. est entrée en douceur, avec une infinie délicatesse, et j’ai passé avec elle des moments d’une étonnante complicité. »

D’après une histoire vraie, Éditions Le Livre de Poche,  384 pages, format poche.