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Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
10 h 8,10 € 1/5 4/5 2013

LE PITCH

A quarante-quatre ans, Silver n’est pas loin de posséder la panoplie complète du loser. Divorcé depuis 8 ans d’une femme qu’il aime probablement encore, il est le géniteur plus que le père d’une jeune femme de 18 ans qui le méprise copieusement et il vit des royalties du seul et unique tube de son groupe aujourd’hui dissout. Ses journées, il les passe au bord de la piscine de sa résidence à mater les étudiantes avec ses deux voisins tout aussi paumés que lui. Rien n’aurait bougé si, à la suite d’un malaise, on ne lui avait diagnostiqué une déchirure aortique. Et si une façon de donner un sens à sa vie était de refuser l’opération qui seule peut le sauver ?

Article lié : C’est ici que l’on se quitte de Jonathan Tropper

SI TU VEUX MON AVIS…

Jonathan Tropper dresse, avec un humour caustique, le portrait tendre et drôle d’un homme extrêmement attachant. Il nous embarque dans une histoire pleine de rebondissements peuplée de personnages décalés et profondément humains. Une dernière chose avant de partir mêle sérieux, situations cocasses et dialogues savoureux. Ce roman se déguste avec malice. Il aborde des sujets graves et parfois douloureux avec beaucoup de légèreté et d’insouciance, sans jamais tomber dans le pathos.

Un vrai gros coup de cœur pour ce livre, tu l’auras compris. N’hésite pas une seconde à plonger dans la vie de Silver, tu vas passer un moment délicieux.

UN PETIT BOUT DE ROUTE…

« C’est mardi. Dans un peu moins de trois semaines, sa femme va se remarier, et d’ici quelques jours, Silver décidera, provisoirement, que la vie ne vaut pas nécessairement le coup d’être vécue quand on l’a aussi peu réussie que lui. Cela fait maintenant sept ans et quatre mois, environ, que Denise a demandé, et obtenu, le divorce, pour tout un tas de raisons fondées, et plus ou moins huit ans que son groupe, The Bent Daisies, a sorti son seul album, dont l’unique tube – «Rest In Pieces» – a fait d’eux des rock stars du jour au lendemain. L’espace d’un été enchanté, il leur a semblé que le monde entier chantait leur chanson, que toutes les radios n’en avaient que pour elle. Et puis, tout le monde s’est lassé, les radios aussi, et en matière de poste, Silver dut se contenter de deux passages à celui de la police. Une fois pour conduite en état d’ivresse, et l’autre pour avoir sollicité les services d’une prostituée (deux épisodes qu’il vous raconterait volontiers si les détails – dans le meilleur des cas déjà un peu flous à l’époque -n’avaient aujourd’hui rejoint ces légendes orales perdues dans la nuit des temps). Ensuite, grâce à une petite magouille orchestrée par leur label, Pat McReedy, leur chanteur, a quitté le groupe pour se lancer dans une interminable carrière solo, et Danny (basse), Ray (guitare) et Silver (batterie) se sont retrouvés de retour à la case départ, à Elmsbrook, où il ne leur restait plus qu’à contempler, sans broncher si possible, l’avenir douloureusement terne et ordinaire qui les attendait. N’ayant nulle part où aller, Silver est rentré chez lui, pour découvrir que Denise avait déjà changé les serrures et engagé un avocat.
Mais tout ça appartient au passé et aujourd’hui, huit ans et d’innombrables erreurs plus tard, c’est mardi. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Silver a maintenant quarante-quatre ans, il n’a plus vraiment la forme, et il est déprimé – encore qu’il se demande si, quand on a toutes les bonnes raisons de l’être, on peut encore appeler ça «dépression». Peut-être en ce cas est-on tout bêtement triste, accablé d’un sentiment de solitude ou de la conscience douloureuse et permanente du vide laissé par tout ce qu’on a perdu, sans espoir de le retrouver un jour.
Et donc, puisque nous sommes mardi, Silver et Jack se rendent à leur séance de branlette. »

Une dernière chose avant de partir, Editions 10-18, 360 pages, format poche.