Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
6 h 7,20 € 3/5 4/5 2009

LE PITCH

Le narrateur est biographe. Des inconnus se confient, il les raconte. Lorsque Lupuline vient lui demander d’écrire l’histoire de son père, ancien résistant, il hésite. Fils d’un résistant pudique et taiseux, il a vu son père mourir dans l’anonymat, sans l’ombre d’une reconnaissance. Ce travail serait pour lui l’occasion d’affronter ce manque et peut-être de se réconcilier avec l’histoire paternelle. Pas totalement insensible au charme de Lupuline, il finit par accepter de rencontrer le vieil homme bourru et récalcitrant qui lui raconte du bout des lèvres, un récit trop propre. Ça manque de sang et de sueur, de sentiments. Très vite le biographe doute, cette histoire est-elle vraie ?

SI TU VEUX MON AVIS…

Sorj Chalandon te propose une questionnement sur la vérité. C’est quoi une biographie ? Une vérité absolue ou la vérité d’un individu qui s’est construit sur des mensonges ? Ces mensonges, c’est l’histoire qu’il a racontée chaque soir à sa fille, c’est son identité publique. Elle heurte la loyauté de ceux qui ont connu de vrais résistants, elle fait mal. Mais le biographe est-il là pour rétablir la vérité ou pour relayer les propos de son client ? Notre écrivain, en tout cas, elle le gêne aux entournures, cette histoire, parce que ce n’est pas seulement une histoire de vérité pour lui, c’est aussi le sentiment de trahir son père, résistant parti sans hommage ni honneurs.

Ok, ça paraît un peu chiant dit comme ça. Et pourtant, si tu t’accroches un peu, parce qu’en plus le récit commence plutôt lentement, tu vas te retrouver happé par ce roman qui se transforme en un « page turner » redoutable. Sorj Chalandon écrit bien, super bien même, simplement avec une intelligence brillante. Oui, j’aime cet auteur, il m’entraîne à chaque fois dans un tourbillon de sentiments même s’il me demande quelques efforts d’attention. Alors, ami lecteur, fais cet effort et fais bouillir ton cerveau, tu vas voir, ça ne fait que du bien.

UN BON DÉBUT…

« J’avais laissé partir mon père. Pas mon papa, mon petit homme, mon terne, mon hibou d’enfance derrière ses grosses lunettes. Pas celui qui me portait au lit, sa joue contre la mienne, qui nous avait aimés du regards et de la peau. Mais mon père, l’autre. Ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d’ombre. J’avais laissé partir cet inconnu, ce soldat, ce déporté. Qui était retourné à la liberté comme on va au silence. J’avais laissé partir une page de notre histoire commune. J’avais oublié de m’asseoir à ses pieds, de rechercher ses yeux. J’avais tardé à l’assaillir, à le questionner, à moissonner sa mémoire. J’avais failli à mon métier de fils. »

La légende de nos pères, Éditions Le Livre de Poche,  256 pages, format poche.