Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
7 h 8,65 € 2/5 5/5 1977

LE PITCH

Pour son premier roman, La Reine de la nuit, l’inénarrable Marc Behm a tout osé.

Il entraîne son héroïne, Edmonde, dans des aventures rocambolesques aux cours desquelles elle croisera Goebbels, nabot libidineux, Goering, héroïnomane patenté, Himmler, éleveur de poulets, Eva Braun ou encore un autrichien moustachu au physique d’expert-comptable… Homosexualité, foutre, drogue et croix gammées, voilà le dangereux mélange concocté par l’auteur.

SI TU VEUX MON AVIS…

Il faut un sacré talent pour ne pas tomber dans la farce de mauvais goût. Tout au long du roman, Marc Behm est sur un fil et il ne tombe jamais dans la facilité. Il ose faire rire avec un sujet aussi lourd d’atrocités que le nazisme, et il le fait brillamment. Il ose revisiter l’histoire du troisième Reich sous un angle totalement inattendu avec une imagination délirante.

Ce livre se dévore alors que l’on souhaiterait avoir la patience de le déguster. Attention chef d’œuvre !

AVANT-GOÛT…

« Je hais les meubles et les clowns.
Mon père m’a emmené au cirque, une seule fois, en mai 1922, et nous sommes ressortis presque immédiatement. Tout était si consternant. Et les clowns tellement macabres!
Et après la disparition de ma mère, en mars 1925, on a peu à peu jeté toutes les chaises, armoires, tables, tabourets et chiffonniers jusqu’à ce que la maison soit pratiquement vide.
J’ai commencé à fumer à onze ans. des Wings, une marque américaine. Herr Dorpmuller nous en donnait chacune un paquet, à Lisa et à moi, chaque fois qu’on le laissait nous emmener dans son arrière-boutique de la Ludwigstrasse. On déboutonnait notre corsage pour lui montrer notre gorge et il se tenait là, devant nous, ses mains en mouvement dans ses poches, grognant et reniflant.
On s’y rendait le lundi et le vendredi.
Puis Lisa est partie à Dresde. Comme je redoutais de l’affronter seule, j’ai arrêté de fumer.
Lisa s’est pendue à Berlin, en 1945. »

La Reine de la nuit, Editions Rivages, 250 pages.