Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
10 h 7,10 € 1/5 3/5 2009

LE PITCH

Alice et Mattia sont deux êtres souffrants. Leurs blessures, ils les portent sur eux. Alice, c’est sa maigreur et sa claudication qui lui rappellent l’autorité oppressante de son père. Mattia porte son malheur sur ses mains et ses bras qu’il scarifie à loisir pour faire taire la douleur d’une sœur jumelle disparue. Lorsque ces deux êtres cabossés se croisent à l’adolescence, un lien se tisse entre eux comme une évidence et pourtant leurs casseroles seront trop encombrantes pour qu’ils soient seulement capables de s’aimer. Leurs bizarreries et leurs humeurs sauvageonnes les rapprochent et les obligent à se carapater. C’est ainsi qu’ils tisseront leurs vies, en parallèle.

SI TU VEUX MON AVIS…

Étrangement, j’ai beaucoup de mal à écrire ce billet. Je dis étrangement parce que j’ai beaucoup aimé ce livre. Bon  faisons simple. D’abord, les points positifs, d’ac ?

J’ai adoré la façon totalement décalée de parler des douleurs et des névroses des deux personnages principaux. C’est un parti pris courageux de s’attaquer aux maladies mentales avec humour et même un peu de cynisme. L’anorexie, c’est un sujet avec lequel il n’est pas de bon ton de faire sourire, on n’ose pas toucher à ces douleurs parce qu’elles tuent à petit feu. Pourtant Paolo Giordano parvient, avec finesse et bienveillance, à arracher des éclats de rire avec des scènes gentiment moqueuses. Son autre personnage, Mattia, n’est pas épargné non plus. Il compte, du matin au soir et du soir au matin, tout, tout le temps, rien n’échappe à son besoin de tout mettre en équations. Sauf peut-être l’asymétrie des cicatrices qui décorent ses mains. Ce sociopathe paralysé par sa souffrance prête lui aussi à rire plus qu’à pleurer. C’est une belle façon de montrer qu’on peut rire de tout, que la légèreté fait tout passer.

Malgré tout ça, je ne peux pas me résoudre à être parfaitement dithyrambique sur ce bouquin. Ok, je fais un peu ma princesse, parce que le livre est vachement bien. Mais j’aurais aimé, je crois, que le rythme de l’histoire soit aussi pétillant que les caractères de personnages, et peut-être même que le récit sorte un peu plus des sentiers battus. Quand on aime, on a le droit d’être super exigent et un peu injuste, non ?

Mais s’il ne faut retenir qu’un mot (ou presque) de cette chronique, c’est : « Fonce et fais-toi plaisir ».

QUELQUES MOTS…

« A son cours de première année, Mattia avait appris que certains nombres premiers ont quelque chose de particulier. Les mathématiques les appellent premiers jumeaux : ce sont des couples de nombres premiers voisins, ou plutôt presque voisins, car il y a toujours entre eux un nombre pair qui les empêche de se trouver vraiment. Des nombres tels que le 11 et le 13, tels que le 17 et le 19, le 41 et le 43. Si on a la patience de continuer, on découvre que ces couples se raréfient progressivement. On tombe sur des nombres premiers de plus en plus isolés, égarés dans cet espace silencieux et rythmé, constitué de seuls chiffres, et l’on a le pressentiment angoissant que les couples rencontrés jusqu’alors n’étaient qu’un fait accidentel, que leur véritable destin consiste à rester seuls. Mais au moment où l’on s’apprête à baisser les bras, découragé, on déniche deux autres jumeaux, serrés l’un contre l’autre.
Mattia pensait qu’Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment.
« 

La Solitude des nombres premiers, Éditions Points, 352 pages, format poche.