sands-of-time (2) 7 h piggy-bank (2) 1.99 € screaming (2) 4/5 heart-beats (2) 5/5 calendar (2) 1980

LE PITCH

L’air d’un crime est sans doute le roman policier le plus déroutant que je n’ai jamais lu. Le sujet du livre n’a rien de bien original. Il y tout d’abord un cadavre, celui d’un jeune homme blond, retrouvé sur la place d’un village. Il y a ensuite une enquête, celle menée par le capitaine Medina. Mais il y a aussi des déserteurs, de la prostitution, un fort abritant une garnison et des prisonniers, un exilé politique de retour au village, Regiòn, une province imaginaire, une atmosphère unique…

SI TU VEUX MON AVIS…

Et surtout, il y a le talent de Juan Benet qui ne construit pas un récit linéaire et qui distille les indices au fil des chapitres mettant ainsi en place un piège dont le lecteur ne prend conscience qu’à la fin du roman, une fois qu’il en est sorti.

L’air d’un crime n’est pas un roman facile et demande un peu d’attention, mais c’est une œuvre magnifique à côté de laquelle il serait dommage de passer.

ALLEZ, UN EXTRAIT

« Il la renversa et la pénétra sans presque la déshabiller, sans presque faire d’efforts, mais en un instant il fut imprégné de toute sa sueur sans avoir consommé l’acte, et il haletait violemment. Alors la femme l’enlaça de ses jambes robustes et l’obligea à la pénétrer de nouveau, en soulevant un ventre en ébullition, avec les larges bulles et les molles éructations d’une lessiveuse où affleurent le savon et la graisse, à feu lent, la bouche à demi cachée et les yeux dépourvus d’une animation qui avait épuisé toutes ses ressources ailleurs. Une fois de plus Barceló renonça – ébouriffé et haletant, à quatre pattes – et une fois de plus fut répétée la tentative au mépris de la chair, de la sueur, des lamentations des ressorts et du regard sybillin de l’image sainte qui paraissait observer la scène avec bienveillance et une pointe d’inavouable satisfaction. La troisième fois, la femme y arriva et, accrochée aux barreaux du lit, elle écarta les jambes, tendues comme des câbles, ferma les yeux et rugit, expulsant un peu de bave. »

L’air d’un crime, Editions 10-18, 253 pages, format Poche