sands-of-time (2) 9 h piggy-bank (2) 7,10 € screaming (2) 3/5 heart-beats (2) 5/5 calendar (2) 2013

LE PITCH

Sam est mourant et il a un rêve fou : mettre en scène Antigone d’Anouilh à Beyrouth en pleine guerre du Liban. Il rêve d’une trêve de quelques heures, le temps de la pièce. Il demande à son ami Georges de mener à bien cette mission. Ancien militant dont les luttes se limitaient au sixième arrondissement de Paris, Georges part à Beyrouth avec sa naïveté et sa promesse en tête. Il en reviendra transformé.

SI TU VEUX MON AVIS…

Comme c’est encore l’auteur qui en parle le mieux : « Cette fois, il ne s’agissait pas de réciter trois répliques de théâtre dans une Maison des Jeunes, mais de s’élever contre une guerre générale. C’était sublime. C’était impensable, impossible, grotesque. Aller dans un pays de mort sans savoir qui est qui. Retrancher un soldat dans chaque camp pour jouer à la paix. Faire monter cette armée sur scène. La diriger comme on dirige un ballet. Demander à Créon, acteur chrétien, de condamner à mort Antigone, actrice palestinienne. Proposer à un chiite d’être le page d’un maronite. La guerre était folie ? Sam disait que la paix devait l’être aussi. Il fallait justement proposer l’inconcevable. Monter « Antigone » sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient. »

Le quatrième mur de Sorj Chalandon, c’est un récit qui te remue les viscères, mené par des personnages riches et tourmentés. En pleine guerre intestine, la mort côtoie l’amour et la fraternité confine à la haine. Ce livre c’est un cadeau un peu empoisonné qui te balance en pleine poire des hommes et de femmes meurtris, et le portrait violent d’un  conflit qui s’étend bien au-delà des frontières du Liban.

Alors, oui, Le quatrième mur a changé ma vie, ou du moins la vision que j’avais des conflits, cette vision parfois manichéenne des bons et des mauvais. Ce livre a fait voler en éclat quelques certitudes, m’a sortie de mon petit et douillet confort. C’est violent, mais qu’est-ce que ça fait du bien. T’es d’attaque ?

UN FRAGMENT

« Des avions se jetaient sur la ville. Ils bombardaient la capitale du Liban. C’était incroyable, dégueulasse et immense. J’étais en guerre. Cette fois, vraiment. J’avais fermé les yeux. Je tremblais. Ni la peur, ni la surprise, ni la rage, ni la haine de rien. Juste le choc terrible, répété, le fracas immense, la violence brute, pure, l’acier en tous sens, le feu, la fumée, les sirènes réveillées les unes après les autres, les klaxons de voitures folles, les hurlements de la rue, les explosions, encore,encore, encore. »

Le quatrième mur, Editions Le Livre de Poche, 336 pages, format Poche