Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
7 h 7,10 € 1/5 3/5 2014

LE PITCH

Dans la résidence bien proprette du 8 rue Bonaparte vit une jolie brochette de dames aux cheveux allant du blanc au violine en passant par le gris ou le blond platine. Bien poli, mené à la baguette par une concierge psycho-rigide, le gang des mémés vivoterait tranquillement s’il n’y avait la présence de Ferdinand, l’octogénaire du deuxième étage. Divorcé acariâtre et misogyne, mal léché, voire pas léché du tout d’ailleurs, on pourrait facilement le traiter de vieux con si l’on n’était pas un peu attendri par la douleur qui le pousse à se jeter sous un bus le jour où il perd sa chienne. Un cœur battrait donc dans cette grande carcasse ?

SI TU VEUX MON AVIS…

Dans la catégorie des livres qui ne font pas de mal, Mémé dans les orties pourrait largement été primé. Une cascade de bons sentiments, de scènes choupinettes et parfois amusantes, des dialogues plutôt bien tournés… franchement, tu ne prends pas de grands risques en te plongeant dans cette lecture, et certainement pas celui d’une luxation neuronale.

Dire que j’ai aimé serait certainement un peu excessif, mais je n’ai pas non plus passé un mauvais moment. J’aurais sans trop de problème supporté une petite dose supplémentaire d’originalité, d’ironie et de surprise dans les caractères des personnages et la construction du récit, en gros, dans le roman. Mais cette lecture a su me distraire d’un quotidien parfois moins sirupeux, je me suis même surprise à franchement me marrer par moments.

Alors, toi aussi, viens prendre ta petite cuillerée de confiture. Tu l’avaleras rapidement et sans effort et elle te laissera un petit goût sucré bien agréable.

UN PETIT BOUT DE VIE…

« Ferdinand Brun est de plus en plus sourd. Ça ne le gêne pas plus que ça, il  n’a  personne  avec  qui  faire  la  conversation.  Mais  comme  il  est hypocondriaque,  il  imagine  déjà  le  pire,  la  surdité  complète,  comme  ce compositeur prodige, Mozart ou Beethoven, il ne se rappelle plus très bien. C’est que M. Brun n’a pas beaucoup de chance dans la vie. Cela a mal commencé, et ce n’était pas vraiment sa faute. Ferdinand Brun est né un vendredi 13. Sa mère a fait tout ce qu’elle a pu pour  le  retenir  quelques  heures  de  plus,  mais  c’est  en  avance  de  vingt minutes qu’elle a pu constater la décevante masculinité de sa progéniture non désirée. La nouvelle mère a donc décidé de déclarer que la naissance avait eu lieu le 14, et non le 13, comme cela se faisait à l’époque pour éloigner le mauvais œil. Mais la malchance a continué de poursuivre Ferdinand Brun, faisant fuir toutes les femmes auxquelles il s’attachait, certes plus par nécessité que par choix. Sa mère tout d’abord, qui ne l’a pas abandonné à la naissance, est tout de même décédée deux ans plus tard des suites de l’accouchement de sa sœur cadette – elle-­même mort­-née. Sa grand-mère, ensuite, qui l’a élevé après  le  décès  de  sa  mère  (il  n’a  jamais  connu  son  père),  et  qui  a  été emportée à l’hôpital par une grippe, alors qu’elle y était venue pour une jambe cassée. Sa femme enfin, qui a profité de lui et de son salaire de quarante ans de labeur à l’usine, pour fuir avec le premier venu dès lors qu’il a été à la retraite. « 

Mémé dans les orties, Editions Le Livre de Poche, 264 pages, format poche.