Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
8 h 9,75 € 3/5 5/5 1926

LE PITCH

Ce roman à couper le souffle est totalement atypique dans l’œuvre de Cendrars. Moravagine est un tueur de femmes (qui porte bien son nom…), il est dangereux, fou, malfaisant et attachant. Dans l’hôpital où il est interné, il fait la connaissance d’un jeune psychiatre qui, fasciné par ce personnage complexe à l’intelligence maléfique, organisera son évasion et l’accompagnera dans une fuite perpétuelle à travers le monde.

SI TU VEUX MON AVIS…

L’idée de Moravagine est née vingt ans plus tôt dans la tête de l’auteur, à l’époque où il était étudiant en psychiatrie. On sent dans l’écriture qui paraît instinctive toute l’implication personnelle de Cendrars. A travers son personnage, il semble exorciser le double maléfique présent en chacun de nous. Ce n’est pas une partie de plaisir mais c’est roman sublime, hallucinant, terrifiant et poétique. Une lecture difficile et haletante, un livre incontournable !

DES BRIBES…

« L’amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d’angoisse des amants, cet état d’attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l’absence de l’être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d’humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l’amour-propre sont en jeu, l’honneur, l’éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l’imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu’à la complète inhibition, la complète annihilation de l’âme, jusqu’à l’atonie des sens, jusqu’à l’épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu’à la sécheresse du cœur, ce besoin d’anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d’effusion, d’adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l’hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l’amour d’après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d’une main sûre le tableau clinique du masochisme ? »

Moravagine, Editions Grasset and Fasquelle, 278 pages.