Les « classiques ». Rien que le mot te retourne l’estomac. Il te ramène direct en classe de troisième, quand tu subissais les longues heures de cours de Français de madame Dupin se gobergeant de la beauté d’un texte qui, toi, te laissait impérialement indifférent. Et ça se terminait invariablement par : « Vous me lirez le roman pour lundi matin ». Et là, frissonnant de dégoût, tu voyais un week-end de cinglé, option « glandouille-potes », remplacé par des heures de lectures indigestes.

Ben, maintenant tu as grandi (un peu), mûri (un peu aussi) et tu vas voir que « classique » n’est pas un gros mot. Te voilà parti à la découverte d’un paquet de livres au moins aussi ébouriffants qu’un bon Bruce Willis du dimanche soir. On t’a fait une sélection de ces pépites qui vont te réconcilier avec la littérature dite classique.

Avant de commencer, tu vas souffrir un peu. Voici une définition, ou plutôt une tentative. Essaie de ne pas t’endormir. Qu’est-ce qu’un livre classique ? Au sens strict, c’est une œuvre qui relève du classicisme, un mouvement esthétique à la frontière entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Ça pète comme définition mais c’est un peu restrictif. Nous, on n’est pas très stricts. Alors on dira, avec toute la subjectivité qui nous caractérise, qu’un classique est l’oeuvre d’un auteur reconnu pour la qualité de ses écrits et qui n’appartient pas à la période contemporaine. C’est très approximatif, mais ça cerne un peu la question.

Maintenant qu’on a éliminé nos contemporains du tableau et qu’il nous reste les vieux de qualité, on attaque nos classiques.

La Peste d’Albert Camus

Ce livre-là, il te prend aux tripes. La peste ravage Oran. Les habitants sont décimés, isolés ou terrorisés. Dans ce contexte un tantinet hostile, un médecin doit garder la tête froide. À travers lui, tu découvres comment les gens réagissent, comment ils évoluent dans ces situations pour le moins extrêmes. Et quand finalement l’extrême devient la norme, à quoi ressemble-t-on ? C’est pas joli joli ! Camus écrit de façon simple et vivante, t’embarque sa galère, et te laisse hagard aux portes de la ville. C’est un peu Urgences mais écrit par un prix Nobel (non, pas Dylan, un autre…).
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Dans la peste de Camus, les rats sont les plus forts

Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos

De la manipulation psychologique, des effusions passionnées, des mensonges, des vierges déflorées, des cougars et du sexe en pagaille. Un cocktail mortel sous forme de lettres échangées entre les différents acteurs de ces épisodes croustillants. C’est un pavé, mais ça passe tout seul une fois qu’on s’est familiarisé avec le style épistolaire.
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Les liaisons dangereuses,ça va sacrément vous bousculer.

1984 de George Orwell

Voici le roman d’anticipation ultime. D’abord parce que c’est l’un des premiers, donc ça aide. Mais surtout parce que le génial Orwell va au bout du concept de société totalitaire. Tu as entendu parler de Big Brother ? Sûrement, mais savais-tu que le « Grand Frère » est l’invention d’Orwell ? Premier personnage de cette construction, il veille, il surveille cette société hautement hiérarchisée où le « Prolétaire » est le maillon périssable, privé de toute liberté, y compris celle de penser et de se souvenir. Daesh et les dirigeants nord-coréens ont dû le confondre avec un guide pratique.
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1984 de George Orwell... Big Brother is watching you

Le joueur de Fedor Dostoïevski

Si tu as déjà vibré, ne serait-ce qu’un tout petit peu, en regardant la petite bille de la roulette tourner, tourner puis cruellement s’arrêter sur le mauvais numéro, tu seras happé par Le joueur. L’enfer du jeu, la compulsion du possédé, l’emprise psychologique, Dostoïevski t’entraîne tout entier dans ce tourbillon et c’est purement jouissif. Tu commences ce bouquin et tu deviens complètement addict.
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Dans le Joueur de Dostoievski, le jeu t'entraîne dans une spirale infernale.

La machine infernale de Jean Cocteau

Le mythe d’Oedipe revu et corrigé par Jean Cocteau. Tu te retrouves dans une histoire dont tu connais sûrement la trame, réécrite simplement, avec une bonne dose d’ironie, quelques anachronismes et des adaptations très libres. Tu vas passer un super moment, assez court (oui, c’est vite lu en plus) sans t’ennuyer une seconde. Petit plus produit : ce livre est l’objet indispensable en cas d’attaques de moustiques. (voir Des mobiles (plausibles) pour ouvrir un livre (et le lire)).
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Le Sphinx pose une énigme à Oedipe.

La bête humaine d’Emile Zola

Si t’as pas peur de lire un thriller acheté à la gare (ailleurs, ça marche aussi), alors tu n’as pas peur de t’attaquer à La bête humaine. Un tueur psychopathe, de la tension, une dimension presque fantastique parfois, bref Zola t’offre un page turner écrit magistralement (merde, c’est Zola, quand même !). Au fait, tu te demandes peut-être ce qu’est un page turner. Ne te jette pas sur Wikipédia, on est là pour t’éclairer : c’est un livre si passionnant qu’on en tourne les pages super vite afin de le dévorer.
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La Bête Humaine, c'est aussi bien le tueur que la locomotive.

L’écume des jours de Boris Vian

Ce livre est le plus atypique de la sélection et peut-être le moins facile d’accès. Il revêt une dimension onirique parfois troublante. Mais Vian te raconte avec poésie et simplicité deux belles histoires d’amour. Et rien que pour ça, ça vaut le coup. Tu seras entraîné dans un univers fantaisiste. C’est sûr, ça te demandera un petit effort d’abstraction mais tu vas t’éclater dès que tu y seras rentré.
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L'écume des jours emmène le lecteur dans un univers poétique et fantaisiste

 

Après toutes ces lectures, tu auras un beau panorama de classiques de styles totalement différents qui ont cependant un point commun : ils ne sont pas… chiants. Et comme par magie, tu auras tellement démystifié le concept que tu auras envie d’en lire plein d’autres. Parce que, rassure-toi, cette liste est loin d’être exhaustive. À toi Stendhal, Zweig, Maupassant ! Il te les faudra tous. Un marathonien de la littérature classique, voilà ce que tu vas devenir, et je te jure, tu vas kiffer.