Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
11 h 8,10 € 1/5 3/5 2006

LE PITCH

Comme à son habitude, Jonathan Tropper plonge son personnage dans la tourmente. Zach, la trentaine, a toutes les apparences de l’homme heureux, un bon job, une fiancée aimante, un mariage en vue et un colocataire richissime qui prend en charge la totalité du loyer. Quelques gouttes de sang un matin dans la cuvette des toilettes et la peur de mourir vont l’amener à regarder sa vie en face. Son job l’asphyxie, il aime une autre femme et il a quelques comptes à régler avec son père qui débarque chez lui fort à-propos après des années d’absence.

SI TU VEUX MON AVIS…

Si l’on retrouve incontestablement la patte de l’auteur, son humour, ses situations improbables, une certaine tendresse pour ses personnages ou encore son style fluide, ce roman manque toutefois un peu de rythme, de douce folie et de mordant. La lecture en reste tout à fait agréable mais l’on se surprend à y trouver parfois une certaine banalité, des retournements faciles et attendus et des personnages sans grande originalité. C’est probablement parce que les autres livres de Tropper, notamment Perte et fracas et C’est ici que l’on se quitte, m’ont vraiment transportée que j’ai la dent un peu plus dure sur celui-là.

UN EXTRAIT…

« La nuit d’avant le jour où rien ne va plus, je suis réveillé en sursaut par les secousses d’un tremblement de terre et tends aussitôt le bras vers Tamara, sauf que ce n’est pas Tamara, bien sûr, mais Hope. Il n’y a même aucune chance que ç’ait jamais pu être Tamara. Pourtant, depuis quelque temps, lorsque je me réveille, mon premier réflexe confus avant que la réalité ne reprenne le dessus est d’imaginer que le corps étendu, là, à côté de moi, est celui de Tamara. Il faut croire que dans mes rêves, pas les deux ou trois dont j’arrive à me souvenir mais les millions d’autres, ceux qui disparaissent dans le néant telles des mouches à peine a-t-on esquissé un geste, la main tendue, dans leur direction, bref, dans ces rêves-là, il faut croire que Tamara est mienne, encore et encore. Voilà pourquoi j’éprouve toujours cette sensation troublante, au réveil, ce sentiment d’avoir été transplanté dans un univers parallèle où mon existence a amorcé un virage inattendu à cause d’une décision quelconque, en apparence insignifiante mais ô combien cruciale, prise à propos d’une fille, d’un baiser, d’un rencard, d’un boulot, du café Starbucks où je suis entré… bref, quelque chose.
Pendant ce temps, dans le monde réel, l’Upper West Side de Manhattan tremble comme un quai de métro : les fenêtres vibrent, les poubelles s’arrachent du trottoir et les hurlements perçants des alarmes de voitures s’élèvent au-dessus de Broadway, déchirant le coeur de la nuit dans son plus pur silence, une heure à peine avant l’aurore.
«Zach !» s’écrie Hope en m’agrippant d’une main fébrile, le volume de sa voix presque aussi affolant que les secousses elles-mêmes, ses ongles manucures s’enfonçant douloureusement dans mon épaule. Hope, pas Tamara. C’est ça. Ma belle Hope.
J’ouvre les yeux.
«Qu’est-ce qui se passe ?» »

Du même auteur : C’est ici que l’on se quitte et Le Livre de Joe

Tout peut arriver, Editions 10-18, 384 pages, format Poche