Temps de lecture Prix Difficulté On aime... Date de sortie
7 h 17,00 € 1/5 4/5 2013

LE PITCH

Après 25 ans de vie commune avec un mari qui la rabaisse, Claire n’en est pas pour autant une femme brisée. Le jour où elle part, c’est sans haine et sans amertume, dans le seul et unique but de vivre et se reconstruire sainement. Elle trouve la sérénité dans la montagne avec une chèvre comme animal de compagnie.

SI TU VEUX MON AVIS…

Avec Un mari ordinaire, son premier roman, Christine Cerrada parvient à s’attaquer avec douceur et légèreté à un sujet qui en manque pourtant farouchement, le harcèlement moral au sein du couple. Loin du ton larmoyant et douloureux auquel on pourrait s’attendre, l’auteur nous entraîne dans une histoire pleine d’espoir et de bien être à la rencontre d’une femme qui n’aspire qu’à profiter du bonheur simple que chaque moment peut lui apporter. L’écriture est simple, sans fioritures et sert parfaitement le récit. Sans passer sous silence les moments douloureux traversés par son héroïne, l’auteur a la finesse de ne pas les dramatiser inutilement. J’aime beaucoup ce livre qui, à mon sens, n’a de raté que sa couverture…

UNE BRIBE D’ESPOIR…

« Il était entré dans la chambre dire «à ce soir» et elle avait fait semblant de dormir. Elle ne lui avait pas répondu car elle ne lui avait jamais menti. Elle avait entendu la portière claquer puis la voiture démarrer ; elle avait cependant attendu encore dix minutes, écoutant le bruit décroître jusqu’à en avoir des bourdonnements d’oreille. Elle attendrait même quelques minutes encore, au cas où il aurait oublié quelque chose et reviendrait, la surprenant alors en pleins préparatifs.
Pendant ces minutes supplémentaires de sécurité, immobile et les sens en alerte, ses jambes lui faisaient mal à trop retenir l’énergie qui y circulait. Aussi à peine la trotteuse avait-elle franchi le chiffre douze pour la dernière fois, qu’elle sauta sur ses pieds. Elle avait attendu un quart d’heure en tout, mais cela faisait des années qu’elle se préparait à faire ce qu’elle allait faire maintenant, et cette circonstance lui donnait de l’entraînement, la distance nécessaire au succès plus exactement.
Elle avait étudié tous les scénarios possibles et retenu le meilleur : depuis une semaine, étape par étape elle avait tout organisé. Il restait un sac à dos à remplir, même la lettre de quatre feuillets attendait sagement entre les pages d’un Tintin, sous le matelas. Elle la plaça sur la table de chevet mais ne la relut pas : elle s’attendrissait toujours sur ce qu’elle écrivait. Ainsi ses propres poèmes étaient les seuls à lui tirer des larmes. Ce n’était pas tant son talent qui l’émouvait que la vérité qui s’en dégageait : la sienne, la plus précieuse de toutes.
Dans un autre ordre d’idée… Claire se félicitait de la simplicité de sa garde-robe. Il est plus simple de quitter le domicile conjugal quand on ne porte que des jeans et des T-shirts, car la culpabilité vous ferait imaginer votre mari étreignant vos belles robes en pleurant. Ainsi vêtue et sac sur le dos, son blouson sous le bras, Claire pouvait même considérer être vêtue pour la décade à venir, car quand on part pour de bon on voit loin ! Livres ? Disques ? La sélection l’attendait là-bas. Photos ? Proscrites.
Il restait à prendre une douche – la dernière -, le petit-déjeuner – le dernier -, et à fermer une dernière fois la porte.
C’est cet instant-là qu’elle appréhendait le plus, mais son petit côté cinématographique l’aiderait certainement à passer à l’étape suivante. C’était d’ailleurs singulier que l’on se souvienne toujours des portes que l’on ferme, et jamais de celles que l’on ouvre.
Ensuite, il lui faudrait dire au revoir à Pretty. »

Un mari ordinaire, Editions Michalon, 254 pages.